L’anniversaire de mon burn-out.

téléchargementIl rôde là, sournois, lancinant, le spectre du burn-out maternel que j’ai vécu l’an dernier. Dans une dizaine de jours, cela fera un an que j’ai plongé dans les abysses du vide intérieur, de la tristesse sans fond, de l’épuisement sans fin.

Mais cela fera bientôt un an aussi, dans quelques semaines, que je me suis relevée, battante, combative et débordante d’amour pour les miens et un peu pour moi aussi, et que je m’en suis sortie.

Fin avril 2018, je sors de 4 semaines de retour de couches ; l’énergie sort de mon corps comme le sang de mon bas-ventre. Les jumelles ont 3 mois, elles font leurs nuits, elles commencent à interagir avec nous. Le soulagement que j’aurais dû ressentir se fait attendre, et un matin, je ne peux plus me lever. Je suis prise de vertiges, d’une fatigue intense, lourde, et face à laquelle je me sens impuissante. Et puis plusieurs autres jours s’ensuivent, et les larmes diluent le café du matin. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, mais je suis lasse ; et sans comprendre pourquoi je pleure, je pleure à chaudes larmes. « Ce n’est pas normal, je ne devrais pas ressentir ça, tout va mieux, on a passé le plus dur, je ne comprends pas ce qu’il m’arrive… » Ressentir quoi au juste ? Plus rien. Rien qui m’anime, pas même le sourire de mes bébés, le rire de mon amoureux, l’appel réconfortant de ma maman, les messages de soutien de mes amies. Je ne ressens rien, comme si mon âme avait quitté mon corps, que la vie s’était envolée avec nos courtes nuits.

Sur le plan médical, tout est normal, évidemment.

On revient sur le lieu du crime, la salle d’accouchement où j’ai manqué de perdre la vie alors que je la donnais, pour tenter de tourner la page. Revenir sur les lieux d’un traumatisme pour tenter de le guérir… J’en attendais beaucoup, mais ça n’a rien fait. Les larmes continuent de couler sans que je puisse les arrêter. Le corps devient si lourd à mesure que je ne mange plus ; et le nœud dans l’estomac prend de plus en plus de place. Et avec lui, la culpabilité d’être responsable de ce qu’il m’arrive, qui « ne devrait pas » être.

Et un dimanche matin, une panique immense m’envahit, je regarde l’une des mes filles qui pleure, sans raison apparente, comme savent le faire les nourrissons, et j’ai peur de lui faire du mal. Je laisse les enfants aux bons soins de leur père, et je sors de la maison, m’écrouler dans les vignes au bout de la rue. Ma mère me somme de prendre la route immédiatement et de parcourir les 700 km qui nous séparent de ma maison d’enfance : « On va te guérir, ma chérie ».

Mon corps épuisé a craqué, mon traumatisme a resurgi ; les nerfs et l’impérieuse nécessité de m’occuper de nos bébés m’ont fait tenir bon pendant 3 mois, dans une endurance insoupçonnée et puissante. Mais j’avais disparu, et il fallait que je revienne.

Pendant 2 semaines, toute ma famille s’est mobilisée à mon chevet : ma mère, mes sœurs, ma grand-mère, toute une équipe de femmes fortes et soudées, qui a pris le relais auprès de mes bébés, et qui m’ont accompagnée vers ma renaissance. Mon homme, qui croyait très fort en moi, et qui a tout mis en œuvre pour m’épauler, a eu très peur mais savait que je m’en sortirais. Antidépresseurs, soutien, repos et thérapie m’ont permis en 15 jours de me réapproprier mon corps, et de me remettre sur pied. Une force de vie incroyable, un amour infini qui m’a permis de remonter la pente : une fois tout au fond, on ne peut que taper du pied pour revenir à la surface… Et cette surface, elle me manquait terriblement ; je me manquais si fort à moi-même que j’ai travaillé très dur pour me retrouver. Au retour chez nous, quand je fus prête, je me suis dégagée du temps pour moi, je me suis organisée différemment, j’ai levé le pied, et j’ai continué ma thérapie à distance. Au bout de 3 mois, j’ai pu arrêter les antidépresseurs, qui me faisaient tellement peur, mais qui ont été d’une aide certaine.

Alors certains jours, quand je suis fatiguée ou un peu patraque, quand mon humeur va moins bien, et que la peur de replonger revient brutalement me rappeler ce que j’ai traversé, je peux m’accrocher à cette force intérieure, cette envie de vivre puissante qui m’a aidée à me relever si rapidement. Et je me dis simplement que cette douleur n’a pas été inutile, et qu’elle doit me servir à avancer. Par amour pour ma famille, mes amis et par amour pour la vie.

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6 réflexions au sujet de « L’anniversaire de mon burn-out. »

  1. Quel superbe témoignage de résilience, qui prouve qu’on ne peut pas s’en sortir seul(e) (oui, je suis sûre que les anti-dépresseurs sont le levier qui permet de retrouver l’énergie de s’en sortir), mais qu’on peut s’en sortir. C’est formidable d’avoir pu compter sur les tiens. Tu dois avoir une confiance en eux infinie, c’est un très beau cadeau de la vie. Je t’admire d’avoir tout ce recul seulement un an après. Oui, tu as sûrement une fragilité, au fond, mais elle fait aussi ta force.

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    1. Merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup. Devenir maman, c’est tout un tas de choses qu’on n’imaginait pas, et qui arrivent ou non; mais c’est un tel bouleversement… Et effectivement, je sais que je peux compter sur les personnes qui me sont chères, et ça aussi c’est une grande force !

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  2. Waouh… quelle aventure éprouvante… J’imagine quel puits de solitude sans fond cela doit être de se trouver dans cet état d’épuisement et de vide intérieur. Bravo à toi d’avoir su prendre au sérieux les signaux que ton corps t’envoyait, et d’avoir su aussi accepter les mains qui se tendaient vers toi 🙂

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    1. Merci pour ton message ! Une sacrée épreuve, ça je ne te le fais pas dire… Je suis convaincue qu’il faut savoir rester à l’écoute de son corps et renouer avec son intuition pour être au plus près du vrai… En tout cas, pour toutes les mamans qui ont peur de s’enliser: on s’en sort!!

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  3. Hey ben dit donc j aurais jamais cru ça de toi… certe je t ai connu y a longtemps ( mais je pense pouvoir dire bien te connaitre ) et voir la femme forte que j ai connu avoir vécu ça.. Hey ben sache que je te félicite d une de l avoir surmonter et de 2 en témoigné cela pourra aider d autre personne ^^

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    1. Merci pour ta lecture et pour ton commentaire Anthony! J’ai fait du chemin depuis notre enfance, mais il faut croire que l’assurance perçue à l’extérieur dissimule parfois un petit enfant intérieur sensible… En écrivant ces lignes, je souhaite briser des tabous, délier des langues, apaiser la culpabilité que l’on peut ressentir dans ces moments et donner de l’espoir à ceux et celles qui traversent des situations similaires. Tout passe avec le temps..!

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